Le mythe de la dominance : nous devons encore répéter ses effets néfastes

Que penser du concept de la dominance et de la hiérarchie en ce début d’année 2019 versus l’éducation canine positive avec la méthode du clicker training, respectueuse et coopérative ?

Il y a déjà beaucoup d’articles sur ce sujet, mais je pense qu’il est nécessaire de répéter et de redire que ce modèle hiérarchique a un prix très cher à payer…

 

Pour certains c’est une réalité, pour d’autres c’est un mythe dépassé depuis 20 ans !

Pensez-vous qu’il existe un gène spécifique de dominance ou de soumission chez le chien ?

Cette théorie de la dominance survit et sévit depuis 1947, suite à l’observation de loups en captivité. L’analyse a mis en évidence l’existence d’une organisation hiérarchique pyramidale, avec l’existence d’un couple dominant Alpha ayant le rôle de chef de groupe, puis vient les Bêta, et enfin les Oméga, qui de par leur statut inférieur, deviennent les souffre-douleurs du groupe et auront accès aux différentes ressources en dernier !

Puis heureuse année en 1999, un zoologiste observe des loups cette fois à l’état sauvage. Et la bonne surprise fût la constatation d’une organisation familiale, où les parents se déplacent avec leurs progénitures, sans compétition, sans bagarre, et où les petits mangent les premiers, avec un esprit coopératif pour assurer la survie du groupe, comme nous pouvons le faire en clicker training et en éducation positive.

 

« Mon chien est dominant » – Alors pourquoi toujours cette affirmation infondée et persistante depuis maintenant 20 ans dans l’esprit de beaucoup de propriétaires et mêmes d’éducateurs et de vétérinaires ? Cette phrase est souvent exprimée avec satisfaction !

Lors de nos séances d’éducation canine, nous entendons si souvent des discours tels « un chien qui grogne et menace, qui chevauche, qui plaque les autres chiens, ou qui n’obéit pas, est de toute évidence un chien dominant ». À l’inverse, un chien qui se couche « en signe de soumission » sera par contre un chien dominé.

Alors pourquoi ?

Il y a 4 raisons essentielles d’avoir un chien : recherche d’affectif, besoin de contrôle, chien de travail, et le paraître…

Choisir un chien pour le besoin de contrôle est fréquent : un homme de petite taille choisira préférentiellement un chien impressionnant type Rottweiler, et cherchera à le dominer, en lui montrant qui est « le chef », « le maître » (suprême) !

N’est-ce pas une projection de nos modèles humains avec l’attrait du pouvoir, de l’autorité et de la hiérarchie ?

Ce modèle hiérarchique de pouvoir, pour certains humains, est certainement une nécessité car ils peuvent exercer un contrôle total sur le chien dit « dominant », de montrer et de prouver à leur entourage familial et/ou professionnel qu’ils sont capables d’avoir un niveau suffisant d’autorité de « dominant »…

Le chien, ayant un statut inférieur pour certains, devient le « Oméga » et par voie de conséquence le souffre-douleur comme dans une meute de loups en « captivité ».

Mais attention !

Les conséquences peuvent être délétères, comme de nombreuses études l’ont démontré depuis quelques années. En effet certains propriétaires vont corriger leur chien, si celui-ci les défie ou leur résiste effrontément. Et comme lors de l’observation des loups en captivité, il devient important de le faire manger avant nous et de lui faire passer les portes après nous. Le chien doit garder une position inférieure, sinon « le maître » fera preuve de sévices, et se permettra d’utiliser des violences physiques et/ou psychologiques, ce qui altérera définitivement la qualité de la relation de confiance si essentielle que les humains et les chiens peuvent avoir mutuellement.

 

Alors que faire ?

Mieux comprendre son chien prétendu « dominant ».

Un chien s’exprime de plusieurs façons pour se faire comprendre des autres individus. Il produit des signaux émotionnels pour indiquer un état de stress, il peut vouloir avertir, acquérir ou repousser quelque chose ou quelqu’un.

Le mieux est de comprendre le facteur déclencheur des comportements, et les conséquences qu’ils génèrent, afin de savoir comment lui donner une alternative qui nous convient, par coopération, dans un système gagnant-gagnant.

Rien n’est gratuit dans la vie, pas même pour nous. Pourquoi donc devrions-nous nous attendre de nos chiens qu’ils accomplissent nos demandes gratuitement ?

Certains propriétaires vont répondre qu’ils ont déjà le gite et le couvert ! Heureusement car je vous rappelle que nous les avons rendu captifs dans nos maisons.

Travailleriez-vous sans salaire pour faire plaisir à votre employeur, pour la gloire ?

A chaque instant, en observant, nous pouvons renforcer certains comportements avec plein de « bonbons » différents que votre chien peut désirer, autres que des friandises…

Enfin vouloir dominer son chien peut autoriser des violences psychologiques ou physiques de la part de certains propriétaires avec des effets délétères et potentiellement dangereux tels l’apparition de comportements agressifs avec un risque de morsures, et par voie de conséquence des euthanasies, alors que les chiens sont le plus souvent des victimes en devenant réactifs pour se défendre, et que nous humains, par méconnaissance, n’avons pas reconnu certaines menaces.

 

Ce modèle de la « hiérarchie de pouvoir » est reconnu comme faux par de nombreux scientifiques depuis 20 ans.

Pendant ce temps l’éducation canine positive a été développée par Karen Pryor (depuis les années 1980) et s’est montrée 40 fois fois plus puissante que les méthodes traditionnelles, sans augmenter la dangerosité de nos interactions avec les chiens.

Alors encore combien d’années ce modèle hiérarchique non fondé et erroné continuera à sévir avec son lot de conséquences graves pour les humains et pour les chiens ? Et combien de temps sera-t-il nécessaire pour que la méthode du clicker training se généralise, non seulement avec les chiens, mais avec tous les animaux ?